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ABSTRACTS

Jean-Louis Jeannelle (Université de Paris 4-Sorbonne)
Vous avez dit queer? Comme c’est bizarre

Depuis peu de temps, la Bibliothèque Nationale de France a ajouté à la longue liste des « vedettes » thématiques de son catalogue une étrange rubrique : « Queer critique ». Sous cet hybride linguistique n’est rangé, jusqu’ici, qu’un seul ouvrage : Queer critics. La littérature française déshabillée par ses homo-lecteurs de François Cusset, publié en 2002 dans la collection « Perspectives critiques » des très officielles Presses universitaires de France. Cet ouvrage a pour effet pervers de déprécier la théorie qu’il entend introduire en France, où elle était jusqu’alors largement ignorée du grand public. Étrangement, la vedette que la Bibliothèque nationale a créée à l’occasion de la publication du texte de François Cusset ne renvoie pas aux quelques ouvrages – peu nombreux il est vrai – de « Queer Theory » qu’elle possède, tels Epistemology of the Closet ou Tendencies d’Eve Sedgwick, placés sous la rubrique plus traditionnelle d’« homosexualité et littérature ».

    Il ne s’agit là que d’un détail. Il est toutefois fort représentatif de la réticence qu’on marque, en France, à l’endroit de ce corpus théorique que François Cusset présente comme le dernier cri en matière de critique dans les universités anglo-saxonnes. L’intérêt pour la « queer theory » n’est pourtant pas nouveau en France : il n’avait simplement jamais franchi les frontières des cercles intellectuels du milieu homosexuel. Tout laisse à penser que le terme connaîtra, comme dans les pays anglo-saxons, une certaine popularité : TF1 a déjà lancé un grand casting pour une adaptation de Queer Eye de la chaîne américaine « Bravo » – le terme n’est plus qu’une manière « branchée » de dire « homosexuel ».

    Pour quelle raison la théorie queer a-t-elle rencontré en France de tels obstacles ? En effet, plus que tout autre élément de ce qu’on appelle communément « French Theory », la théorie queer semble produire un effet de glace déformante. Nous tenterons ici de suivre les principaux moments d’une réception inaboutie, afin d’identifier les raisons qui poussent les Français à battre froid les audaces de leurs collègues de langue anglaise, jugées burlesques. Nous nous demanderons notamment si le problème rencontré ne tient pas aux libertés que la théorie queer prend à l’égard du canon littéraire (semblables à celles prises par la critique féministe) : avec la théorie française des années 60 et 70, c’est une vision totalement déformée de ce trésor national qui arrive d’outre-atlantique. Un tel phénomène d’anamorphose rend difficile l’acclimatation qu’on pouvait espérer. Dans ce cas, l’impasse ne tient-elle pas moins à des questions de principe ou de théorie qu’à la façon dont les Français et les Anglo-saxons abordent les textes littéraires ? Le rapport à la tradition littéraire relève de ce côté-ci de l’Atlantique d’un habitus qui imprègne fortement les milieux universitaires : en France, il y a des questions qu’il paraît incongru de poser aux textes.

    La guerre de la Queer Theory aura-t-elle lieu ? Vraisemblablement non. Parce que c’est l’indifférence ou l’ironie qu’on semble vouloir opposer à l’anamorphose du canon national.



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