Je propose de discuter de l'économie sexuelle générale en France, notamment de la pornocratisation de la culture, et de ses effets les plus extrêmes sur les "souffrances et les drames liés aux relations entre les sexes" (Bourdieu). La crise du sexuel telle que diagnostiquée dans plusieurs romans par Michel Houellebecq servira de point de départ.
Tout d'abord, il faudra revenir dans un premier temps sur la discussion suscitée par les oeuvres post-érotiques, aussi bien littéraires que cinématographiques, de Catherine Breillat et Virginie Despentes pour relever, dans leurs représentations respectives de la domination sexuelle masculine, moins une opposition qu'une continuité, malgré de notables différences comme l'ont noté des critiques comme Marie-Hélène Bourcier et bien d'autres.
Dans un deuxième temps, je voudrais tenter d'établir un lien entre la
violence sexuelle instituée et banalisée que décrivent ces deux cinéastes/écrivaines
et le phénomène social dit "des tournantes," c'est-à-dire des viols en
réunion (gang rapes) qui, selon la presse, ont lieu le plus souvent
dans le milieu des banlieues appauvries. Pour ce faire, j'aurai recours
au récent ouvrage autobiographique de Samira Bellil, Dans l'enfer
des tounantes (2003), au film La Squale--le seul film qui,
à ce jour, traite de ce sujet, ainsi qu'à de nombreuses analyses de presse
et divers rapports de police. C'est donc à une analyse en parallèle de
la misère sexuelle bourgeoise évoquée par Breillat, de la prostitution
banlieusarde mise en scène par Despentes et de l'univers des tournantes
vécu par Bellil que cette communication sera consacrée, avec comme issue
probable le constat d'une régression des rapports entre sexes.