A partir du début des années 1980 se profile en France un sous-genre romanesque que par commodité on pourrait appeler le roman des cités: ce sont les tours et barres des grands ensembles d'H.L.M. qui servent de décor à une trame narrative impliquant, le plus souvent, de jeunes protagonistes issus soit de l'immigration, soit des classes
travailleuses. Le nombre des oeuvres ayant pour cadre ces cités est devenu tel, à la fin du siècle, que l'on puisse parler sans risque de se tromper de l'introduction d'un nouveau 'chronotope' littéraire, pour reprendre le terme de Bakhtine. Ce chronotope implique-t-il de force le choix d'un certain style d'expression, comme le peut donner à croire la production actuelle en valorisant le témoignage avant tout?
Paru en 2001 chez l'éditeur parisien P.O.L, Hop là! un deux trois
de Gérard Gavarry semble obéir, au niveau surface, aux lois du genre:
une bande de jeunes résidant dans une cité périphérique et possédant leur
jargon propre s'engagent dans la voie de la violence, se compromettant
dans un acte meurtrier. Mais apparaissent chez Gavarry, peut-être pour
la première fois avec cette intensité, une alliance d'un sujet cru et
d'une langue extrêmement travaillé, sans commune mesure avec le parler
direct, 'sans style' souvent adopté par d'autres practiciens du genre.
Cette communication vise à prendre mesure d'une différence volontiers
revendiquée par Gavarry, celle de faire une oeuvre ayant pour objet la
violence des cités qui évite à tout prix, sur le plan de l'expression,
le stéréotype. Or deux années après la parution de Hop là!, Gavarry
dévoila, à l'instar de Raymond Roussel auteur de Comment j'ai écrit
certains de mes livres, ses secrets de fabrication, forçant une interrogation
profonde de tout rapport nécessaire entre une expérience vécue des cités
(le mode de témoignage) et une capacité de dire la vie en cité avec une
urgence qui reste toujours authentique, malgré un parti pris littéraire
affiché.