Le surréalisme fut probablement le mouvement d'avant-garde le plus répandu
au niveau international. Ses diverses manifestations sont souvent considérées
par la critique sous une perspective unidimensionnelle qui exige une reproduction
du modèle français. Il s'agit d'une attitude axiologique qui pose le surréalisme
français comme modèle obligatoire pour toute autre manifestation surréaliste
internationale. Ainsi, l'oxymore fondamental de toute avant-garde n'est-il
pas adressé : sa force internationale demande une théorisation de modèle
général, ses réalisations locales exigent un point de vue spécifique.
La question de la politique est un exemple caractéristique de cette position.
L'engagement politique devient un des critères fondamentaux d'appartenance
au mouvement ; il est recherché dans des affiliations politiques concrètes
- voire, le parti communiste - ou dans un certain type d'écriture - manifestaire,
pamphlétaire, etc. L'absence de l'une ou de l'autre trahirait un manque
constitutif par rapport au surréalisme parisien, et, par conséquent, une
faille qui ôterait le caractère surréaliste des certaines manifestations
internationales.
Or, cette rigidité témoigne plus d'une insuffisance des théories de l'avant-garde
et du surréalisme plus spécifiquement, que d'une doctrine surréaliste.
Il s'agit d'une réduction de l'élément politique du surréalisme en une
conception de la politique en tant qu'inscription partisane. En effet,
une telle position ne parvient à rendre compte ni de l'originalité du
mouvement français par rapport à la conception du politique, ni de la
diversité dans le mouvement international. La différence entre avant-garde
et mouvements politiques est gommée, puisque les mêmes critères d'efficacité
révolutionnaire sont imposés. Il paraît ainsi évident pourquoi les constatations
d'échec des promesses révolutionnaires des avant-gardes sont si fréquentes.
A travers des exemples concrets puisés du surréalisme international, qui
divergent du modèle français, on illustrera les impasses de la théorie
par rapport au surréalisme et à l'avant-garde en général. On montrera
la nécessité de repenser et reformuler aussi bien la métaphore de la révolution
que celle de l'échec. Enfin, on suggérera le besoin de repositionner la
France - et en général l'idée du « centre » culturel - par
rapport au monde sur une base non-axiologique qui puisse mettre en valeur
l'échange, plutôt que l'imposition.