Inondée depuis longtemps par les anglicismes, menacée par la concurrence
culturelle, industrielle, et politique des Etats-Unis, la France avait
depuis longtemps sonné le tocsin dans des ouvrages tels que Le Défi
américain de Jacques Servan-Schreiber (1955). Le sérieux, pourtant,
fatigue vite le lecteur moyen. Comment s'opposer à l'invasion du matérialisme
linguistique et culturel venu d'outre-mer, tout en divertissant et gardant
les abonnés versatiles de la presse populaire ? Autrefois, l'arme de prédilection,
c'était le métaphorisme : grâce à la supériorité de son intelligence,
l'on regardait du haut d'une synthèse les forces adverses à la civilisation,
tel le capitaine de vaisseau dans « La Bouteille à la mer »
d'Alfred de Vigny : « Il voit les masses d'eau, les toise et les
mesure, / Les méprise en sachant qu'il en est écrasé. » Un petit
sondage sémiostylistique de quelques articles récents semble indiquer
que de nos jours, la stratégie oppositionnelle la plus répandue serait
plutôt de nature homéopathique : des inoculations de franglais et d'apparentes
célébrations du matérialisme dans un contexte sémiotique qui réagit en
produisant des anticorps d'insignifiance et d'absurdité. Ce n'est plus
la perspective du voyageur naïf à l'étranger-le Persan de Montesquieu,
le Candide de Voltaire, la stagiaire d'Amélie Nothomb au Japon-mais l'indigène
naïf, abasourdi par la patrie qui se métamorphose autour de lui, personnage-écran
derrière lequel se cache le scripteur ironique.