Violette Leduc, Jean-Paul Sartre. Le Sacré-Cœur, La Tour Eiffel. S'il
était un lien à établir entre ces quatre objets, deux écrivains, deux
sites parisiens, c'est de leur laideur qu'il serait fait mention. Sartre
disait de lui-même qu'il était laid comme un crapaud, Violette Leduc,
surnommée par Beauvoir "la femme laide" dans sa correspondance, souffrit
tout au long de sa vie de son apparence disgracieuse. Quant à la Tour
Eiffel et le Sacré-Cœur ils incarnent aux yeux de beaucoup la laideur
architecturale du XIXième siècle tout comme la Pyramide du Louvre ou le
Centre Georges Pompidou, leurs semblables un siècle plus tard.
A travers ce choix subjectif de deux visages et de deux bâtiments, cette
communication s'attache à considérer et relier laideur physique et laideur
architecturale. On dit d'un lieu qu'il fait tache, qu'il défigure; d'un
visage qu'il repousse. Y-a-t-il ainsi des signes objectifs qui heurtent
le sens esthétique lorsque l'on considère un visage ou un bâtiment ? Quels
sont les facteurs qui viennent adoucir notre répulsion initiale, ceux
au contraire qui la renforcent ? De quelle façon la laideur peut-elle
être gommée ? A partir de quand et pourquoi la Tour Eiffel est-elle devenue
sinon belle du moins indispensable à notre perception de Paris; le Sacré
Cœur dont peu connaissent la vocation initiale parviendra-t-il un jour
à faire oublier son repoussant volume et sa fausse blancheur ? Enfin,
contredisant le mot fameux de Serge Gainsbourg (« la laideur a ceci
de supérieur à la beauté qu'elle ne disparaît pas avec le temps »)
la monumentalisation de Sartre, de Leduc est-elle parvenue à faire oublier
leur laideur physique ou bien leur-est elle en partie due ? La laideur
est-elle vraiment un état ?