La bande dessinée française, ou plutôt franco-belge, pour être plus précis, touche un large public, dont les frontières vont bien au-delà de l'enfance et de l'adolescence. A tel point que, très souvent, certains héros de bande dessinée en arrivent à représenter la quintessence de l'identité française. C'est en effet par exemple devenu un cliché accepté par tout le monde que de prendre Astérix pour symboliser les Français qui sont, dans cette optique, et dans le désordre : bons vivants, bagarreurs, superstitieux, débrouillards, et surtout qui entendent résister à l'ordre impérial, à la pensée unique. Ainsi, le genre de la bande dessinée apparaît comme un champ d'étude fertile pour dévoiler, ou entrevoir quelque chose qui s'apparenterait à une psyché nationale, ou du moins, celui d'un certain groupe de lecteurs.
Or, un des personnages de bande dessinée les plus populaires actuellement
en France, ce n'est pas Astérix, ce n'est pas non plus Tintin, mais un
héros amnésique dont le patronyme le plus communément employé est XIII,
écrit en chiffres romain. Depuis sa parution en 1984, la série totalise
plus de trois millions de ventes, chaque nouvel album est un événement
médiatique : En 1998 par exemple, la sortie de l'album intitulé Le
Jugement fit l'objet d'un dossier spécial dans le journal Libération.
Mais la grande particularité de la série pour ce qui nous concerne, c'est
que XIII est américain, et que la majorité de l'action se déroule aux
Etats-Unis.
Il serait, bien entendu, impossible de résumer ici l'intrigue, pleine de rebondissements, de personnages troubles, de femmes fatales et d'une façon générale, qui utilise tous les ressorts d'une fiction à suspense, d'un film hollywoodien à grand spectacle. Toutefois, même si ces éléments ont leur importance dans le succès de la série, l'essentiel n'est sans doute pas là. Car au-delà justement de cet hommage, de cette influence, voire de ce pastiche du cinéma d'action américain, il y a une réelle vision, une lecture européenne de l'histoire, de la culture et de l'espace américain. Et cet espace, on le perçoit principalement à travers le regard d'un amnésique qui cherche perpétuellement son identité, et dont il ne perçoit jamais que des fragments imparfaits qui lui renvoient les images d'un espace sans cesse en crise. C'est donc cette vision européenne de l'Amérique, amnésique et dystopique, que nous explorerons dans cette présentation.