La
réflexion sur le devoir de mémoire gagne en importance dans de nombreux
pays. Les nations qui ont connu et/ou subi des grands conflits construisent
différents événements et dispositifs de commémoration sensés assurer la
pérennité du souvenir pour un avenir plus lointain, quand les témoins
auront disparu… Mais comment se construit concrètement une mémoire ? Comment
d'anciens ennemis, d'anciens alliés s'accordent sur ce qui est (encore)
utile et juste de commémorer, sur le souvenir à transmettre aux jeunes
générations ?
Pour apporter un éclairage à ces questions, on se propose d'exposer, dans
ce colloque, la démarche ethnographique et les principaux résultats d'une
étude réalisée par le Centre de Recherche sur les Médias (CREM) de l'université
de Metz. Celle-ci est inscrite dans un Programme interministériel de recherches
« Cultures, villes et dynamiques sociales » 1.
Cette recherche, réalisée de janvier 2001 à janvier 2003 (dir. Vincent
Meyer et Jacques Walter), a montré - dans une petite commune frontalière
mosellane (Spicheren) - comment plusieurs événements historiques (des
combats de la guerre franco-prussienne de 1870 à ceux de la Seconde Guerre
mondiale où se sont notamment distinguées les troupes américaines) contribuent,
par un aménagement matériel de sites et des dispositifs de commémoration,
à produire du lien entre les habitants, à favoriser différentes interactions
et pratiques culturelles. Ainsi, les événements du passé servent-ils encore
de référence dans l'élaboration et la transmission intergénérationnelle
et participent d'une identité culturelle transfrontalière (notamment avec
Sarrebruck, une capitale régionale allemande) et européenne. Tous ces
dispositifs étant aussi convoqués pour promouvoir l'apprentissage de la
différence et de la diversité culturelle.
Notre terrain d'investigation (un champ de batailles, ses monuments, ses
commémorations, ses porteurs de mémoire) a progressivement - dans et par
le processus de recherche - livré ses secrets ; cette ethnographie des
pratiques commémoratives montre tout l'intérêt de doubler le travail des
historiens d'une approche communicationnelle des manières de construire
et léguer une mémoire. Ce positionnement scientifique particulier nous
a aussi amené à accorder une attention particulière aux méthodes de travail
et à l'implication des chercheurs qui sont, de fait, enrôlés dans la production
mémorielle.
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1 Cette recherche fait suite à
une consultation lancée en juillet 2000 ; le comité de programme, basé
sur un partenariat interministériel, est composé : des ministères de la
Culture et de la Communication, de l'Équipement, de la Ville, de la Jeunesse
et des Sports ; du Fonds d'action sociale pour les travailleurs immigrés
et leurs familles (FAS), de la Caisse des dépôts et consignation.