Dans
un entretien donné en 1999 au magazine Lire, Linda Lê refuse d'adopter
le rôle de « vietnamienne de service » et affirme au contraire
être « étrangère au monde, au réel, à la vie, au pays dans lequel
[elle] vit [la France], à [son] propre pays [le Vietnam]. Son roman, Les
Trois Parques, premier volet d'une trilogie consacrée à la mort du
père, tente de tenir la culture d'origine à distance en recourant à un
foisonnement de références culturelles et littéraires occidentales. Quoique
Linda Lê affiche son désir d'atteindre à l'universel dans le roman et
de ne pas rester dans l'autobiographie, le registre de l'imprécation symbolique
et mythique qu'elle adopte ne l'empêche tout de même pas de d'aborder
la question de la construction identitaire chez les exilés dont elle fait
partie. Ce que je voudrais montrer, c'est que l'usage de la langue française
et le recours aux mythes ou autres références culturelles et littéraires
occidentales dans Les trois Parques sublime le combat pour la
recherche d'identité pour en dévoiler les réalités les plus profondes,
employant comme par mégarde la langue du colonisateur et la culture occidentale
pour se défendre de la dure réalité de l'exil. Linda Lê, exilée de première
génération en France, s'approprie la langue française et la culture occidentale
pour rendre compte du combat des « victimes et des sacrifiés »,
la littérature se situant pour elle « dans le camp des condamnés,
qui essayent comme [elle], de trouver leur salut et qui se cassent les
dents ».
Dans ma communication, je me propose d'analyser la manière dont Linda
Lê utilise les références culturelles occidentales dans son roman, soumettant
à première vue le destin de ses personnages à celui des héros et héroïnes
de la mythologie gréco-romaine et de la tragédie de Shakespeare Le
Roi Lear, mais détournant en partie ces destinées pré-établies par
le biais de la réécriture et de l'adaptation.