Splendid
Hotel (Minuit, 1986) de Marie Redonnet est un roman bâti sur l’hésitation
entre les genres. Il s'agit d'un hôtel vétuste, genre centre
de villégiature, au bord d'un marais. Habité par trois soeurs
? Ada, Adel et la narratrice – l’hôtel est le point
de mire d’un récit obsessionnel de dégénérescence,
de décrépitude faite d'écoulements malsains et d'affaissements.
Or il ne s’agit pas seulement de la détérioration
d’un bâtiment, mais celle des trois sœurs. Le corps est
une figure surdéterminée dans ce texte tant au niveau de
l'énoncé qu’à celui de l'énonciation.
Ce texte qui se présente comme le journal intime d’une gérante
d’hôtel de dernière catégorie dans un lieu indéfini,
raconte un monde où les rôles principaux sont tenus exclusivement
par des femmes, les hommes étant relégués aux marges
comme figurants. Si certains éléments de ce récit
narcissique suggèrent une lecture allégorique, d’autres
plongent le lecteur dans le contexte du fantastique ou d’une histoire
d’épouvante. On serait tenté d’y voir, d’en
extraire un message féministe; mais si message il y a, il serait
à chercher plutôt dans l’écriture même
du texte. Marie Redonnet a écrit un roman d’apparence très
simple mais qui se dérobe à l’interprétation
autant à cause de ses clins d’oeils vers d’autres genres
que par une série de mises en abyme dont la fonction est d'amplifier
l’effet de narcissisme et de mettre en valeur la structure même
du texte.