La
guerre que livrent les Etats-Unis à l’Irak était annoncée,
et on a amplement eu le temps d’en parler, qu’il se soit agi
de lui trouver une causalité, une légitimité, une
rationalité, une finalité, ou au contraire une illicéité,
une illégalité ou une immoralité. Les attentats du
11 septembre 2001 arrivèrent au contraire sans qu’on s’y
attende du tout, exception faite pour quelques très rares experts
et une poignée de terroristes. Et c’est après le terrible
événement qu’il fallut y penser et en discourir, et
non pas avant comme dans le cas de la guerre. En France, le choc fut tel
qu’il fut très difficile de réaliser, sinon même
de signifier et de comprendre ce qui s’était passé.
Mais la folie, la violence inouïe, le crime contre la paix étaient-ils
de toute
façon pensables? Car expliquer, n’était-ce pas aussi
bien “comprendre”, au sens de légitimer? Lorsque les
intellectuels français ont discouru sur l’attentat ou la
guerre, à quoi ont-ils véritablement, ou finalement, pensé?
On entend montrer qu’en France, on a moins pensé à
la violence guerrière ou terroriste qu’à soi, à
son pré carré, à son projet. On s’est détourné
de la violence spectaculaire pour une fois de plus ne pas voir, “ne
pas sentir” l’Amérique en-soi.