Dans
"Les jeunes filles de la colonie," Leïla Sebbar décrit son adolescence
(Une enfance outremer, Seuil 2001). La difficulté d'être d'origine
et algérienne et française surgit quand elle est jeune et habite en Algérie.
Elle dit au début de ce récit: "Et je ne sais pas que je suis bigarrée"(187).
Jeune, Sebbar associe "bigarrée" avec les cerises rouges et blanches qu'elle
adore manger. Mais avec l'éclatement de la guerre d'Algérie, elle commence
à entendre le mot bigarré dans son sens péjoratif, c'est-à-dire
"pas français," "français-arabe," ou "de mère française et de père algérien."
Dans ce récit, Sebbar décrit les étapes de la prise de conscience de sa vraie identité; elle explore les deux côtés de sa généalogie en appréciant les racines françaises de sa mère, et l'histoire de la famille arabe et algérienne de son père, instituteur. Elle apprend tôt en Algérie que "c'est mal qu'une Française épouse un Arabe," et que le mariage de ses parents est "de la haute trahison"(194). Mais elle surmonte ces critiques racistes et tourne le dos `a la guerre d'Algérie, s'installe en France, et trouve son chemin dans la lecture et l'écriture: "Dostoievski et ses guerres métaphysiques me protègent..." (196) La question de l'identité ne se pose plus; elle est écrivaine.
Il est important de situer ce texte dans son contexte colonial. Sebbar l'a écrit bien après avoir quitté l'Algérie, et le recueil a été publié en 2001. Alors sa perspective d'écrivaine vivant en France doit prendre en compte la guerre et le monde post-colonial. Elle ne se pose plus la question de qui elle est; mais certains critiques et journalistes continuent à lui poser cette question. Et elle leur répond qu'elle a choisi finalement d'être française, mais qu'elle est d'abord écrivaine.