Le profond désaccord entre la France et l'Amérique sur la question du conflit en Irak a suscité la parution en France de nombreuses études sur les divergences philosophiques entre les deux nations. De Buffon à Baudrillard, sans oublier Morand et Sartre, le genre a été régulièrement et abondamment servi par les plus grandes plumes, des Lumières à nos jours.
Au vingtième siècle, c'est le caractère souvent consensuel d'un certain
antiaméricanisme qui caractérise ses écrits. En 1948, Simone de Beauvoir
publie un témoignage sur son séjour de quatre mois aux U.S.A dans un journal
de voyage intitulé L'Amérique au jour le jour. Quarante ans plus
tard, Serge Doubrovsky offre au lecteur une vision instantanée de l'Amérique
dans un court essai autofictif intitulé La vie l'instant. L'analyse
de ces deux textes montre deux voix discordantes dans le contenu et la
forme: le journal quotidien rétrospectif reconstitué de notes minutieuses
et donnant lieu aux analyses et interprétations personnelles de l'existentialiste
s'oppose aux impressions fragmentées, prises sur le vif du moment, produits
de l'inconscient et de l'imaginaire de l'écrivain, partisan de l'autofiction.
L'analyse proposée est une comparaison entre ces deux comptes-rendus de l'Amérique dans l'espace et le temps. Cette étude sondera les rapports entre la quête de soi en littérature et la perception du pays étranger. Elle montrera la manière dont des écritures autobiographiques aussi différentes peuvent moduler la perception de l'Amérique, pays traditionnellement objet de fascination et de défiance dans l'histoire littéraire française.