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Oana Panaïté (Indiana University-Bloomington)
Clivage identitaire, pensée du partage. Réflexions sur le paradoxe postcolonial
Dans son étude, Peau noire, masques blancs, Franz Fanon entreprend une analyse originale du clivage identitaire caractéristique de la névrose coloniale. Ce que H. Bhabha appela en 1986 « un espace de rupture » ou espace de l'identité clivée est devenu depuis une constante, voire un lieu commun de la réflexion postcoloniale. Ainsi, bien qu'omniprésent, le concept d'identité s'en trouve désémantisé car il revêt, selon le contexte, des significations nationales, ethniques, linguistiques, religieuses, culturelles etc., souvent contradictoires.
Je propose donc de délimiter les contours conceptuels de l'espace identitaire à travers une lecture comparée des textes appartenant à H. Bhabha, E. Said, É. Glissant et J. Derrida. Il s'agira, dans un premier temps, d'examiner brièvement les présupposés philosophiques et le rôle épistémologique que joue la notion de sujet clivé, exilé ou hybride dans la pensée postcoloniale de Bhabha, de Said mais aussi de G. Spivak. Les enjeux littéraires de cette réflexion me conduiront, dans un deuxième temps, à mettre en parallèle le modèle binaire de l'identité avec celui, pluriel ou « rhizome » que propose É. Glissant à travers sa pensée du Tout-Monde et sa poétique de la Relation. En guise de conclusion, j'examinerai la réponse de Derrida à Glissant dans son essai de 1996, « Le Monolinguisme de l'autre ». Doit-on lire cette réponse comme le signe d'une incompatiblité foncière, d'une impossible traduction des questions postcoloniales dans les termes de la philosophie traditionnelle, même dans ses versions postmodernes, déconstructivistes, ou, inversement, comme la marque d'une perméabilisation de ladite philosophie au défi lancé par la critique historique, culturelle et politique que propose la réflexion autour du poscolonialisme ?
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