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Maya Boutaghou (Université de Gabès)
Romantisme postcolonial et mondialisation au XIXe siècle
Émergence, postcolonial et global, trois concepts destinés à rendre compte de phénomènes culturels modernes et contemporains associés aux impérialismes récents et actuels, devraient aussi servir à interroger des situations antérieures.
Des positions esthétiques et épistémologiques caractéristiquement romantiques semblent avoir constitué dès la deuxième moitié du XIXe siècle un paradigme essentiel pour les modernes périphériques, autrement dit les cultures colonisées en phase de modernisation. Au Bengale, comme au Mexique, en Egypte ou en Australie, les intellectuels montrent dans leur pratique de la pensée romantique, dans la filiation des Lumières ou contre elles, un engouement certain pour des modèles et des formes importés, ce qui se marque notamment par l'adoption du « roman » comme moyen poétique de développement de la pensée identitaire moderne. Le rêve universaliste et mondialiste romantique est alors littéralement pris en charge, comme l'indique la transculturation de Victor Hugo, de Walter Scott ou du Shakespeare des romantiques, entre autres.
Cette interprétation transnationale et transculturelle du romantisme, spécifiquement postcoloniale, devrait nous permettre de déceler ce qu'il y a déjà de « globalisation » dans cette première mondialisation tant économique, qu'épistémologique et esthétique. On propose ainsi de mettre en évidence au sein des études postcoloniales une continuité historique qui n'est pas toujours reconnue parce qu'elle est indépendante de la spécificité de chaque empire européen.
Voici quelques questions qui orienteront notre approche : Par quels ressorts rhétoriques le « Romantisme » a-t-il eu vocation à devenir la première esthétique postcoloniale mondialisée ? Quels éléments les postcoloniaux retiennent-ils du Romantisme ? Les transforment-ils fonctionnellement, et comment ? Et, pour finir, en quoi le fait littéraire postcolonial a-t-il décentré les littératures européennes et fait aboutir le rêve universaliste des Lumières et des Romantiques ?
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