Home -- General -- Events -- Graduates -- Undergraduates -- High School Teachers -- Faculty
 
    General
  Program
  Abstracts
  Call for Papers
  Registration
  Conference Hotel
  Transportation  & Maps
  Tallahassee
  Contact us
      
 

ABSTRACTS

Stéphane Inkel (Université du Québec à Montréal)
« Retournes aux maux de ton espèce »
La voix, la langue et l’animal politique de Compagnie

    L’un des traits à la fois les plus reconnaissables et les plus constants, dans l’écriture de Beckett, tient dans ce que l’on peut désigner comme une logique de la séparation (voir, parmi plusieurs, Clément, 1994). Séparation entre deux langues, bien sûr, mais plus fondamentalement séparation entre une voix et la langue maternelle, cette langue constitutive de la « tribu » tant décriée tout au long de L’Innommable. Mais si dans ce roman la figure de la voix vise surtout à souligner la dépossession du sujet, on se rappellera que la fin de Comment c’est opère un renversement des plus radicales en expulsant la voix de l’autre du « murmure », dévoilant ainsi un mutisme irréductible au fondement de la parole du sujet. Complétant ce cycle de la voix, Compagnie est le dernier texte à la mettre en scène. Caractérisant « l’emploi de la deuxième personne », on se sait que la « voix » y intervient à l’intérieur d’un dispositif d’énonciation des plus complexes qui multiplie les voix narratives, révélant ainsi une disjonction plus fondamentale entre voix et langage qui nous ramène peut-être aux origines du politique.

On se souvient qu’Aristote, dans un passage fameux de sa Politique, définit « l’animal politique » (zoon politikon) à l’aide d’une distinction entre voix (phonè) et langage (logos), définition qui s’accompagne d’une autre proposition qui fait de tout être « hors cité » soit un « être dégradé » (un animal) soit un « être surhumain » (1253a). L’espace politique dans lequel nous vivons toujours se fonde ainsi sur l’exclusion d’une animalité intrinsèque à l’espèce (celle de la voix), séparation de l’humanité et de l’animalité de l’homme (du bios proprement dit) qui n’a cessé depuis de se répéter avant d’être prise en charge par une politique aujourd’hui désœuvrée (Agamben, 2002). En liant la voix à une posture toujours plus marginale, à tout le moins extérieure à l’espace politique proprement dit, Beckett renoue peut-être avec cette figure politique oubliée qu’est la voix (phonè) de l’animal, visant ainsi à restituer à l’intérieur même de la langue une négativité qui lui est propre. Leslie Hill a déjà noté comment le refus beckettien de tout « discours politique » peut aussi se voir interpréter comme une « intervention décisive », quoique oblique, dans le politique (« the political », Hill, 1997). Ce que j’aimerais proposer à travers cette lecture de Compagnie, c’est comment la logique de la séparation beckettienne se double d’une politique de l’énonciation qu’il s’agira de définir à la fois comme création d’un nouvel espace et dévoilement d’un processus de disjonction qui affecte directement l’usage de la langue. Un exercice de la voix qui malgré sa distance avec les murs de la polis, ou peut-être grâce à cette même distance, permet au sujet de retourner « aux maux de [s]on espèce », selon une injonction de Compagnie (§56) d’autant plus étonnante qu’elle souligne la possibilité d’une communication entre l’espace clos des courts textes en prose et ce que Comment c’est appelait « la vie là-haut dans la lumière ».

Bibliographie sélective
Giorgio Agamben, L’Ouvert. De l’homme et de l’animal, Paris, Bibliothèque Rivages, 2002.
Alain Badiou, L’Increvable désir, Paris, Hachette, 1995.
Bruno Clément, L’Œuvre sans qualités. Rhétorique de Samuel Beckett, Paris, Seuil, « Poétique », 1994.
Leslie Hill, « “ Up the Republic ! ” : Beckett, Writing, Politics », Modern Language Notes, 112, December 1997, p. 909-928.
Jean-Pol Madou, « La voix et la lumière », Samuel Beckett Today / Aujourd’hui, 1, 1992, p. 50-57.



440 Diffenbaugh | Tallahassee, Fl. 32306-1280 | http://www.fsu.edu/~icffs | 850.644.7636
Copyright© 2001 Florida State University. All rights reserved. 
Questions/ Comments - contact the sitedeveloper
FSU Seal
| florida state university |