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ABSTRACTS

Karine Germoni (Université de Provence)
Assez ou l’« art et la manière » de générer et combler le(s) manque(s)Etude génétique, linguistique et stylistique

    assez est un texte aussi bref qu’énigmatique. S’il se présente de prime abord comme l’histoire d’un couple formé par un vieillard presqu’aveugle, amant, père ou rencontre de fortune et le « je » narrateur, qui se rencontrent, marchent, parlent, pendant plusieurs dizaines d’années, puis se séparent, bien des questions demeurent ouvertes sur l’espace-temps de la narration, de l’histoire, l’identité des personnages, leurs habitudes fort curieuses, les circonstances de leur séparation qui varient, se contredisent au fil de la narration, désordonnée et lacunaire. « L’art et la manière » du narrateur – construction-déconstruction du récit, auto-fictionnalisation permanente-, ne sont pas moins générateurs d’interrogations.

    Si assez interroge le lecteur en permanence, c’est parce qu’il s’agit d’un texte sur le manque, d’abord manque du narrateur : la « matière » textuelle est essentiellement consacrée au tandem formé par les deux personnages, à leur relation passée. Le texte revient de façon obsessionnelle sur l’épisode de la séparation et jusqu’à l’extrême fin du texte, alors même que le narrateur est seul, enfermé dans son histoire, le « nous » domine encore et l’emporte : rien n’aura compté que « nous deux traînant dans les fleurs ». La plongée dans les souvenirs, leur narration permet au narrateur de combler ce manque de l’autre - d’un autre. Le texte produit l’effet inverse sur le lecteur. L’étude génétique des manuscrits (1529/1 à 1529/9) qui se trouvent à la Beckett foundation de l’Université de Reading montre clairement que la stratégie de Beckett est de frustrer le lecteur, de ne pas lui en dire « assez » – toujours avec humour – de générer en lui des attentes qui ne sont pas comblées, de multiplier les lacunes, les interrogations sans y apporter de réponses – comme le montre le leitmotive ironique « Je ne me suis pas posé la question » -, sans doute pour exprimer le manque au centre de assez, pour que l’« art et la manière » figurent la « matière ».

    Outre de nombreux éléments qui clarifiaient la réception et la compréhension de ce texte en prose, Beckett a « effacé » au fil des manuscrits beaucoup plus que son narrateur, notamment tout ce qui relève de l’oralité et de la voix : les virgules, constitutives du ton et du timbre textuels, différents verbes du discours, le discours direct du vieillard. Par conséquent, l’étude génétique des manuscrits montre qu’à travers les transformations linguistiques et stylistiques, la « voix » s’est effacée au profit de la « plume ». Les changements de temps grammaticaux (passé composé remplacé par le passé simple), lexicaux (termes et expressions plus soutenus, plus imagés) confirment cette attraction du texte dans la sphère de l’écrit. Du même coup, assez est passé de la sphère de la voix dans celle de l’image et s’est poétisé, comparable à un long poème en prose : peut-être doit-on y voir « la manière » beckettienne de combler les manques de « matière » générés chez le lecteur par le texte et l’art de lui donner « assez » ?



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