ABSTRACTS
Flore Chevaillier (Florida State University)
Jouer sur les mots dans Comment C’est
Dans Comment C’est, le lecteur réalise rapidement que l’histoire minimaliste du roman est moins importante que les jeux langagiers auquel le narrateur se prête. Samuel Beckett transgresse les règles syntactiques et narratives afin de mettre en valeur les approximations du langage et l’impossibilité du langage à traduire les expériences de ses personnages.
Le texte se base sur la transcription inexacte de l’oral (le texte est la transcription de plusieurs voix que le narrateur entend de loin). On comprend progressivement que le roman est finalement une longue citation – un texte écouté puis écrit par le narrateur. Ainsi, dans Comment C’est, le procédé d’oralisation, qui donne lieu aux jeux de mots, rend la compréhension de l’histoire du narrateur difficile, voire impossible.
Afin d’examiner la fonction des jeux de mots dans la prose de Beckett, cet essai démontre que le roman interroge la nature de la citation et analyse les effets de cette interrogation sur le lecteur. Les erreurs et malentendus du narrateur lors de son écoute nous mènent à questionner la confiance que nous avons en ce dernier. Les voix énigmatiques qui informent le texte permettent à la fois la perte de control du narrateur et la création des jeux de mots.
Mon étude des jeux de mots m’amène donc à examiner leurs influences sur nos techniques interprétatives: ils permettent une interprétation plus multiple du roman. Les jeux de mots guident le lecteur vers des directions trompeuses. Les doutes, les hypothèses et les contradictions deviennent alors nos outils d’interprétation les plus fiables.
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