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ABSTRACTS

Ariane Smart (University College, London, UK)
Michelet et la Mythification de l’histoire: les limites de la notion de mémoire collective

C'est peu dire que 1789 occupe une place à part dans l'historiographie française: comprise comme une rupture radicale de l'histoire, cette date mythique s'est rapidement imposée comme l'aube d'une ère nouvelle, l'origine sacrée de la France moderne. Il revenait alors aux historiens du 19e siècle d'expliquer la Révolution, de résoudre les ambiguités de son héritage, et de (re)construire une identité collective sur des bases nouvelles.

L'œuvre de Michelet représente sans doute l'exemple le plus remarquable de la phase romantique de ce processus. Premier historien à accorder une telle importance aux masses, Michelet se fit l'interprète de leur mémoire et se fixa pour mission de ressusciter un passé qu'il refusait de voir mourir. Je me propose d'examiner les mécanismes d'une véritable anamnèse révolutionaire qui transforme l'histoire en mythe politico-religieux - une histoire née de la table rase de 1789, et don’t le Peuple, liberté, serait le moteur tout autant que l’acteur.

Cette entreprise soulève pourtant la question – toujours actuelle – de la validité des interprétations historiques de la mémoire collective, et de son instrumentalisation par des élites – fussent-elles universitaires. Car dans quelle mesure l'historien peut-il réellement (re)créer les pensées, émotions, perceptions, représentations et croyances du passé? Problème actuel, car la question continue d'agiter les sciences humaines et sociales, opposant notamment historiens et sociologues.

Peut-on, doit-on distinguer mémoire collective et mémoire historique? Quelles sont les précautions épistémologiques requises lorsqu'on aborde les questions de perceptions et de représentations du passé? Comment éviter la constitution d'artefacts, les projections du présent sur le passé, les anachronismes? Au delà des querelles d'école, je tenterai de cerner l'étendu du défi épistémologique et méthodologique posé par le concept de mémoire collective – un champ d'étude qui pose l'épineux problème du rapport entre mémoire officielle et mémoire(s) populaire(s).



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