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ABSTRACTS

Johann Sadock (Massachusetts Institute of Technology)
Les Juifs d’Algérie: réflexions sur une mémoire plurielle dans le cadre de l’histoire républicaine


Dans cette communication, je propose d'analyser les tenants et les aboutissants de ces déclarations, silences et (non-)gestes symboliques de l'Etat qui affectent la mémoire des Juifs d'Algérie et font et défont les liens entre ces derniers et l'Etat au moins aussi sûrement que la communion ou la non-communion autour de certains symboles nationaux. L'objectif de cette analyse sera double: faire resortir la spécificité de la mémoire juive algérienne et plus précisément l'enchevêtrement de plusieurs histoires à l'intérieur de cette mémoire; se demander ce que l'Etat a à gagner et à perdre à prendre en compte les mémoires de diverses communautés dans la politique intérieure et extérieure de la France.

Dans un passé récent, les Juifs d'Algérie, français depuis le décret Crémieux, ont notamment été affectés plus ou moins directement par les décisions du gouvernement de Vichy (rapport de l'Etat français aux Juifs en général), par diverses déclarations de de Gaulle ou par les silences de Mitterrand. Ils ont aussi été apaisés par la reconnaissance de la responsibilité de la France dans les crimes commis contre les Juifs sous le gouvernement de Vichy par Chirac, mais troublés par le silence des plus hauts représentants de l'Etat après les attentats judéophobes de 2002.

Qu'ils les concernent exclusivement ou non, chacun de ces gestes et non-gestes, silences ou déclarations cassent la mémoire des Juifs d'Algérie en un avant et un après. Une déclaration comme la déclaration de de Gaulle en 1967 --sur "Israël, peuple sûr de lui et dominateur" (qui mettait un terme à un soutien d'Israël aujourd'hui oublié faisant de la France le seul allié de l'Etat hébreu jusqu'à 67)-- s'inscrit dans la mémoire nationale et internationale et en ce sens, entre dans l'histoire officielle républicaine. Mais il est clair qu'elle reste autrement gravée dans la mémoire collective des Juifs que dans celle des Français. Pour les Juifs français d'Algérie en particulier, cette déclaration qui ne les visait pas plus exclusivement que le "je vous ai compris" de 1958 a pu faire l'effet d'un deuxième lâchage. En d'autres termes, les Juifs d'Algérie sont à la croisée de plusieurs histoires qui s'enchevêtrent pour former une mémoire unique dont les bornes ne sont pas ou seulement très lointainement les divers symboles nationaux. Ces histoires enchevêtrées posent et reposent régulièrement pour eux la question du centre.

Les Juifs d'Algérie sont décentrés aujourd'hui en France non pas parce qu'ils sont à la marge de la société française mais parce qu'ils se reconnaissent plusieurs centres: un centre mythologisé (nost-Algérie) et un centre juif (Israël) --pour ne pas parler du centre mythique sépharade (Espagne). Les Juifs d'Algérie sont donc triplement excentrés. Par rapport à leur pays d'origine bien sûr, l'Algérie; par rapport à Israël dont ils constituent une des composantes diasporiques; et régulièrement, au gré de ces déclarations, silences et (non-)gestes de l'Etat, par rapport à la France. Ce triple décentrement sera l'occasion de se demander si l'Etat et ses plus hauts représentants peuvent ou doivent développer une sensiblité mémorielle multiculturelle à l'intérieur d'une histoire républicaine en marche.



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