Modern Languages - French
Home -- General -- Events -- Graduates -- Undergraduates -- High School Teachers -- Faculty
 
   gold triangle General
 gold triangle Program
 gold triangle Abstracts
 gold triangle Call for Papers
 gold triangle Registration
 gold triangle Conference Hotel
 gold triangle Transportation  & Maps
 gold triangle Tallahassee
 gold triangle Contact us
      


ABSTRACTS

Marie-Laure Legay (Université Charles de Gaulle Lille III) – La province : lieu de construction de l’identité nationale, XIVe-Xxe siècles

    L’on peut distinguer trois périodes dans l’histoire de la province. La première période (XVIe siècle – 1750) est celle où la province fut une réalité juridique et administrative. La province naquit en effet à l’époque moderne, au moment où les principautés cessèrent d’être souveraines pour devenir des territoires soumis à un centre politique. Intégrés dans l’aire d’influence de la capitale, ces territoires fonctionnels reçurent une identité politique moderne, basée sur une légitimité administrative. Devenus des cadres d’administration uniformes, ils furent investis d’une culture dite « provinciale » elle-même définie principalement à Paris. La province fut donc d’abord partie intégrée de l’État moderne. On oublie trop souvent cette réalité première de la province, aveuglés que nous sommes par les agissements des nobles qui ont tenté de sauver leurs privilèges en défendant des provinces politiques qui n’ont jamais existé.

    De 1750 à 1789, cette légitimité unificatrice de la province fut portée à son paroxysme. Non seulement l’on tenta de traduire sur le plan institutionnel la singularité provinciale, en créant dans tout le royaume des assemblées provinciales, mais l’on commença à parler de « nation provinciale » (nation normande, bretonne…). Ne nous y trompons pas. Cette nation ne se concevait pas davantage comme une nation de retranchement par rapport à un quelconque centre politique, une nation de substitution, mais bien comme le prolongement de ce qui avait été vécu précédemment, c’est à dire le lieu de l’intégration au royaume et de l’apprentissage des usages parisiens. La province fut alors partie intégrée de l’État-nation. Lorsqu’il écrivit « à la nation artésienne » en février 1789, Robespierre manifestait clairement ce sentiment d’appartenance à la nation France.

    Les XIXe et XXe siècles n’ont pas connu la province comme territoire opératoire. Dès lors coupée du cordon ombilical qui la reliait à la capitale, la province évolua pour la première fois en marge de l’identité nationale. Fossilisée, elle cessa de participer à la construction de l’État, éclata en de multiples idéalités. On évoqua non plus la province, comme unité d’administration, mais les provinces, comme réceptacles des diversités culturelles. Leur passé, comme au temps des derniers privilégiés, fut reconstruit, mythifié. A la recherche d’une légitimité politique qui n’a jamais existé, les nouveaux provinciaux ont de nouveau déformé l’histoire, pour servir leurs intérêts.

    Assiste-t-on à la fin de cette troisième période ? Sous l’effet de la construction européenne, les provinces n’entrent-elles pas de nouveau dans l’orbite de la capitale, pour faire valoir leur singularité ? En tout état de cause, cette communication insistera sur les enseignements de l’histoire : il n’y a pas eu de province, administrativement et culturellement vivante, sans modelage national. L’identité provinciale s’est en effet construite dans la dualité : l’État définit la province, et la province ainsi délimitée, participa à la construction identitaire de la nation.



440 Diffenbaugh | Tallahassee, Fl. 32306-1515 | ICFFS@www.fsu.edu | Tel 850.644.7636 | Fax 850 644 9917
Copyright© 2001 Florida State University. All rights reserved. 
Questions/ Comments - contact the sitedeveloper