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ABSTRACTS

Béatrice Fleury - Vilatte & Jacques Walter (Université de Nancy 2, France)
Les lieux de la mémoire audiovisuelle : identités immigrées, identité(s) nationale(s)

Dans les sciences sociales, l’immigration est un objet de recherche fortement développé, souvent en lien avec une demande sociale émanant de la puissance publique ou d’organismes amenés à travailler dans des secteurs concernés par la question (HLM, éducation, centres sociaux, etc.). Les travaux réalisés traitent souvent des modalités d’intégration et des échanges culturels. En revanche, ils laissent dans l’ombre la part que ces populations occupent dans l’espace public médiatique ou dans la construction mémorielle de leur présence en France. Or, le sujet de l’immigration est de plus en plus présent dans le débat public, y compris politique. Les productions culturelles lui réservent aussi une place importante, que les immigrés y soient acteurs ou auteurs.
Généralement, ces phénomènes ont été abordés sous l’angle de l’étude des représentations. Dans une logique diachronique, la présente communication ambitionne de sérier et d’analyser les modalités de construction de la mémoire audiovisuelle de l’immigration dans un espace régional, afin de fournir une connaissance ne proposant pas seulement un état des contenus de celle-ci, mais permettant de comprendre la rationalité de ses processus. A cet égard, la région lorraine, terre de brassage entre des populations immigrées, constitue un terrain particulièrement favorable.
A partir d’un recensement et d’une analyse des archives audiovisuelles traitant de l’immigration en Lorraine, nous mettrons au jour les logiques, « endogènes » et « exogènes », ayant présidé à leur constitution, ainsi que les composants mémoriels privilégiés. Trois logiques dominantes, articulant des rapports spécifiques entre les lieux et la mémoire, semblent à l’œuvre :

  • Dans des espaces marqués par une immigration ancienne et européenne liée aux industries lourdes (fer, charbon…), l’institutionnalisation mémorielle est forte (festivals cinématographique, associations subventionnées…) et fonctionne comme instance de valorisation identitaire à l’égard des population réputées « de souche » ;
  • Dans des espaces marqués par une immigration plus récente dans des zones urbaines, les lieux de mémoire sont plus diffus (centres sociaux, associations, personnes « privées »…) ; les productions audiovisuelles et leur archivage fonctionnent souvent comme un moyen d’intégration pour des populations marginalisées ou défavorisées (« beurs » dans les banlieues…) ;
  • Dans des espaces marqués par une immigration récente (africaine notamment) dans des zones rurales ou faiblement urbanisées, les lieux de mémoire sont quasiment invisibles et relèvent de la sphère privée ; les producteurs de films ou de vidéo destinent ces derniers à leurs proches pour assurer la pérennité de leur identité en France et les diffusent aussi dans leur pays d’origine.
  • La mise au jour de ces trois dominantes, parfois en tension dans un même espace ou dans certains groupes d’immigrés, contribue à élucider le sens donné aux films et à leur archivage : elles manifestent les aléas de la construction et de la cohabitation des identités, entre un souci d’intégration à la communauté nationale française, méfiante à l’égard du communautarisme, et l’affirmation de particularismes s’inscrivant dans un mouvement de patrimonialisation des cultures.
La mise au jour de ces trois dominantes, parfois en tension dans un même espace ou dans certains groupes d’immigrés, contribue à élucider le sens donné aux films et à leur archivage : elles manifestent les aléas de la construction et de la cohabitation des identités, entre un souci d’intégration à la communauté nationale française, méfiante à l’égard du communautarisme, et l’affirmation de particularismes s’inscrivant dans un mouvement de patrimonialisation des cultures.


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