ABSTRACTS
Sylvie Durmelat
(Georgetown University)
De la Torture comme lieu de mémoire
Ma
communication a pour objectif premièrement de s’interroger
sur les raisons pour lesquelles la torture pratiquée pendant la
guerre d’Algérie est devenue un des sujets centrals des débats
publics et des processus d’anamnèse sur cette période,
et deuxièmement d’examiner les implications de la constitution
de la torure en lieu de mémoire potentiel, à la charnière
de l’individuel et du collectif, de la France et de l’Algérie,
du politique, du juridique et de l’historique.
Ce travail se propose de retracer le déroulement du débat
public qui a eu lieu en France par média interposés suite
à la publication du témoignage de Louisette Ighilahriz dans
Le Monde en juin 2000. Cette ancienne combattante du FLN qui
a été torturée pendant trois mois en 1957 mettait
directement en cause la responsabilité des Généraux
Massu et Bigeard. Ceux-ci ont répondu à ses propos dans
les colonnes du Monde, le premier en exprimant ses regrets sur
l’utilisation de la torture, le second par une dénégation
véhémente et en accusant Louisette Ighilahriz de mentir.
Un troisième général, le général Aussaresses,
est sorti de sa retraite en novembre 2000 pour affirmer qu’il avait
exécuté sommairement de nombreuses personnes dont Larbi
ben M’hidi et Ali Boumendjel. Suite aux premières déclarations,
douze acteurs, témoins, historiens de la guerre d’Algérie
ont lancé dans le journal L’Humanité un appel,
dit appel des douze, au gouvernement pour qu’il reconnaisse officiellement
l’usage de la torture pendant la guerre. Cette demande pour la reconnaissance
de la responsabilité de l’Etat a entraîné de
multiples prises de position sur l’échiquier politique.
En examinant la position, les motivations et les négociations des
différents protagonistes engagés dans cette bataille médiatique
et politique, mon but sera surtout d’analyser comment les utilisations
rhétoriques et politiques de la torture, en dépit ou à
cause du phénomène d’hypermnésie analysé
par Henry Rousso, servent à (re)constituer des identités
de groupes qui se calquent mais aussi se démarquent de lignes d’hier
et qui suscitent de nouvelles questions et façons d’écrire
l’histoire collective de cette guerre.
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